Article 4

Le nettoyage des baïonnettes

Préambule

Je ne suis pas un fanatique du nettoyage/polissage à outrance des baïonnettes. Il y a plusieurs raisons à cela :

  • Tout d’abord, j’ai fini par comprendre qu’il est préférable d’attendre longtemps (très longtemps parfois) et d’acheter une baïonnette en excellente condition, plutôt que de croire qu’on va redonner un éclat à une baïonnette en mauvais état. Une baïonnette en mauvais état reste en mauvais état, on ne pourra que la rendre plus propre sauf si on se lance dans les horreurs vues sur internet, où l’on ajoute du métal, on refait tout, même le bronzage, pour obtenir une pièce qui n’a plus rien d’historique et que je qualifierai du mot de Cambrone. Si la baïonnette est en excellent état, il s’agit plus d’un entretien que d’un véritable nettoyage.
  • Je ne suis pas fan de l’utilisation des produits chimiques et des acides en particulier (oxalique, chlorhydrique, phosphorique etc..). La raison en est simple, outre la difficulté d’utilisation (dangereux ! quand même), tout traitement chimique entraîne des conséquences sur la pièce, en particulier, un état de surface modifié. Pour s’en convaincre, il suffit de passer une pièce métallique à l’acide phosphorique et l’on comprend que cet état de surface mat ne partira pas, sauf à polir comme un malade après, dommage !
  • Enfin, je considère mes baïonnettes comme des pièces historiques et comme un témoignage du passé, comme un beau meuble, un tableau etc. De ce fait, je les touche le moins possible même si par mon métier, je dispose de tout le matériel nécessaire pour faire du poli miroir, je pense qu’une pièce doit rester dans son jus même s’il faut parfois lui donner meilleure allure. C’est cette patine qui donne un témoignage de son vécu ! cela n’empêche pas un petit coup de chiffon.

Un peu de chimie

Il est important pour nous de comprendre ce qu’est la rouille car s’il faut s’en débarrasser, il faut également éviter qu’elle ne se reforme à nouveau. La rouille est un produit de corrosion qui se forme lorsque le fer (ou un alliage contenant du fer, comme l’acier) réagit avec l’oxygène et l’eau.

La rouille est composée principalement d’oxydes de fer hydratés, dont la formule la plus courante est : Fe₂O₃·nH₂O c’est-à-dire Fe₂O₃ : oxyde de fer(III) et nH₂O : molécules d’eau liées (hydratation)

La formation de la rouille s’effectue comme suit :

4 Fe (s) + 3 O₂ (g) + 6 H₂O (l) → 4 Fe(OH)₃ (s)

Fe(OH)₃ → Fe₂O₃·nH₂O (rouille)

  1. Le fer réagit avec l’oxygène de l’air et de l’eau (même l’humidité suffit).
  2. Cela forme des hydroxydes de fer.
  3. Ces hydroxydes se transforment ensuite en oxydes hydratés, c’est-à-dire la rouille.

Qu’elles sont les propriétés de la rouille :

  • Elle est poreuse et ne protège pas le métal.
  • Elle peut affaiblir les structures métalliques.
  • Elle se propage si elle n’est pas arrêtée.

Forts de ses informations, il nous faut connaître les conditions de sa formation :

  • Présence d’eau (ou humidité)
  • Présence d’oxygène
  • Présence de sels (comme le sel de mer, qui accélère la corrosion)
  • Températures variables (favorisent la condensation)

Comment se débarrasser de la rouille ?

Attention, je parle ici de la rouille de surface, dites fleur de rouille pour certains. Une fois de plus, on ne fera pas revenir de matière dans un métal fortement piqué. On ne fait pas de miracle, d’où l’importance de bien regardé ce que l’on achète !

Pour éliminer la rouille de surface sur un métal, plusieurs méthodes mécaniques, chimiques ou naturelles peuvent être utilisées, selon le type de pièce, l’étendue de la rouille, et les outils disponibles. Voici les principales solutions :

  1. Méthodes mécaniques (abrasion)

Il s’agit donc d’éliminer de la matière à l’aide d’un outil d’abrasion. Selon la méthode utilisée, on risque de plus ou moins retirer de la matière saine pour tenter d’obtenir une surface lisse. On utilise le plus souvent sur les baïonnettes des produits abrasifs doux (papier de verre très fin de carrossier (de p60 à 7000), avec ou sans eau, laine d’acier très fine). L’objectif est d’éviter les traces de rayures causées par l’abrasif. Il est préférable d’utiliser les grains les plus fins possibles mais par conséquence, Il faut être très patient et reproduire le geste de très nombreuses fois. Il est préférable de finir par un polissage qui gommera les micro-rayures mais on obtient alors un poli brillant qui n’est pas toujours en rapport avec ce que fût l’arme lors de la sortie d’usine. Pour ma part, je ne me lance pas dans le bronzage qui pour le coup donne des résultats encore plus pitoyables tant il est difficile d’obtenir un rendu naturel, j’entends par là qui rende compte du vécu de la pièce (cela n’engage que moi une fois de plus !).

  • Méthodes chimiques

L’objectif ici est de supprimer cette couche de rouille à l’aide de produits chimiques. Il en existe plusieurs, dont l’action est basée sur l’utilisation d’un acide. Pour les baïonnettes, on peut utiliser :

  • Acide oxalique : excellent rendu mais mise en œuvre délicate (acide)
  • Acide phosphorique : transforme la rouille en couche noire protectrice (phosphate de fer) qui si on l’élimine donne un aspect mat difficile à supprimer sauf à polir méchamment.
  • Acide citrique : naturel et moins toxique, donne des résultats moyens
  • Vinaigre blanc : acide acétique, efficace sur la rouille légère mais peu satisfaisant
  • Produits commerciaux (dérrouillants en gel, aérosol, etc.) à éviter.

Il ne faut jamais oublier que toute action chimique entraîne des transformations (voir état de surface avec l’acide phosphorique ou chlorhydrique) mais surtout la réaction ne s’arrête pas automatiquement lorsqu’on sort la baïonnette du bain. Il faut impérativement rincer abondamment pour stopper la réaction sinon catastrophe !

  •  Méthodes naturelles ou « maison »
  • Vinaigre blanc + sel : laisser tremper plusieurs heures puis brosser : pas terrible
  • Bicarbonate de soude : faire une pâte avec de l’eau, appliquer, laisser agir, puis frotter : pareil, très moyen
  • Citron + sel : bon pour les petites pièces et encore

Pour moi, les recettes de grands-mères bio sont chimiquement valables mais le plus souvent très en dessous de ce que l’on attend pour nos baïonnettes donc j’évite.

  •  Électrolyse

Il s’agit d’utiliser un courant électrique pour éliminer la rouille en plongeant la pièce dans une solution de soude, puis de faire passer un courant électrique de sorte que la rouille migre vers une autre pièce métallique présente dans la solution. C’est un procédé très efficace et simple mais qui nécessite un peu de matériel. Je l’apprécie particulièrement car il n’y a pas d’agression par une substance chimique et je trouve les résultats très stables. (voir article sur l’électrolyse)

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